Vénus symbole du genre féminin
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Les femmes investissent davantage dans l’immobilier, mais les barrières demeurent

Pour un actif censé être accessible, l’immobilier locatif reste un secteur qui accueille peu de femmes. Une réalité qui change lentement mais visiblement : un peu moins de la moitié des crédits immobiliers sont désormais souscrits par des femmes, en solo.
Laura Mendes

Pourquoi y a-t-il moins de femmes dans l’immobilier ?

La part des femmes qui sollicitent un crédit immobilier seules a longtemps été plutôt faible, mais tend à s’équilibrer. Rien de vraiment étonnant : l’accès des femmes à la banque est relativement récent en France après tout, et elles n’ont le droit d’ouvrir un compte seules que depuis 1965.

Les choses progressent cependant : selon les chiffres du courtier Empruntis, 45% des dossiers individuels qu’il traite début 2021 sont le fait d’acheteuses. Une progression assez nette par rapport aux chiffres de 2017, où les femmes avaient adressé à peine un tiers des demandes au courtier. 

Quant aux projets qu’elles portent, il s’agit dans 87,75% des cas de l’achat d’une résidence principale, et dans 9% des cas à peine pour un investissement locatif. Chez les hommes, 15% des demandes d’emprunt sont destinés à du locatif.

Mais si les femmes demandent de plus en plus de crédits, pour un investissement locatif ou une résidence principale, le financement qu’on leur propose est moins favorable que pour les hommes. Du taux d’intérêt au coût de l’assurance, il est plus difficile d’emprunter quand on est une femme et qu’on veut acheter en solo, pour sa résidence principale ou un investissement locatif.

Les écarts de revenus : principal frein à l’acquisition

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, les disparités salariales et de revenus sont le principal frein à l’accès des femmes à la propriété. Selon l’INSEE, le revenu net des femmes françaises est inférieur de 28,5% à celui des hommes, et au rythme actuel, le rattrapage devrait s’opérer quelque part autour de 2060. On n'y est pas vraiment.

Cet écart de salaire structurel a une conséquence directe sur la capacité d’emprunt des femmes : elles doivent constituer un apport personnel plus important, et ont droit à des taux d’intérêt plus élevés, 1,76% en 2019, contre 1,6% pour les hommes

Selon l’étude d’Empruntis, leur apport est en moyenne supérieur de 10% à celui des hommes, pour des sommes empruntées plus faibles. Une logique mathématique et bancaire froide de rémunération du risque, résultat direct des inégalités de genre qui persistent en France.

Mais si cette “logique mathématique” n’est que le symptôme de phénomènes inégalitaires plus larges dans la société, c’est parfois au nom de l’égalité que le crédit revient plus cher aux femmes. Ainsi, le coût de leur assurance de crédit est plus élevé que celui des hommes, alors que tout voudrait que ce soit l’inverse : elles empruntent des sommes moindres, sont généralement plus averses au risque et vivent plus longtemps. 

Pourtant, la Cour de Justice de l’Union Européenne, dans un arrêt de 2012, interdit d’offrir des primes d’assurance différenciées selon le sexe, selon le principe… d’équité. Au final, elles paient en moyenne 400€ de plus en assurance, sur des crédits aux montants inférieurs.

Résultat des courses, le montant des projets immobiliers des femmes est en moyenne inférieur de 10% aux projets de leurs homologues masculins.

Les femmes investissent plus prudemment

Sur un marché qui leur est beaucoup moins favorable que les hommes, les femmes ont naturellement tendance à investir de manière plus prudente et à avoir des projections moins optimistes. Certains y voient une différence de nature entre les genres, entre des femmes plus prudentes et des hommes qui aiment le risque. La réalité est qu’avec des revenus moins importants, les femmes n’ont tout simplement pas forcément les moyens de prendre des risques.

Les chiffres sont frappants : une étude publiée par SeLoger.com nous apprend que seules 53% des femmes sont confiantes quant à la concrétisation de leur projet, contre 63% des hommes. De même, 35% d’entre elles craignent de ne pas obtenir leur crédit immobilier, contre à peine 28% des hommes. La situation financière de la gent féminine est un frein majeur à leurs investissements et à la prise de risque. Cet état de fait est même confirmé par la tendance des femmes à épargner davantage que les hommes, afin d’assurer une sécurité financière en cas d’aléa.

Autre point d’importance pour comprendre ces réticences : le surendettement.  Les femmes représentent 54% des personnes surendettées, et 29% d’entre elles sont cheffes de familles monoparentales. Leur capacité de financement en est d’autant plus affectée, avec des charges qu’elles supportent seules. Ne parlons même pas du fait que 40% des pensions alimentaires ne sont pas versées, ou partiellement.

Enfin, et il est difficile de le nier, le secteur de l’immobilier et l’ensemble des métiers qui gravitent autour ont longtemps été un domaine masculin, dont les femmes étaient exclues. Les congrès, les formations, les rassemblements professionnels restent par exemple des lieux où l’assistance est largement dominée par les hommes.

Une réalité qui devrait changer si la progression des femmes qui achètent seules se confirme, autant pour les résidences principales que pour de l’investissement locatif. Pour autant, c’est malheureusement une réalité qui reste profondément liée aux inégalités de revenus, et qui nécessite un changement structurel.

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